


En avril 1915, les fillettes de l’Ecole Vinet réclame la fondation d’un groupe d’éclaireuses. Leurs mamans prennent la chose en main et s’adressent à Jeanne Paschoud, professeur à la dite école, qui accepte de lancer le mouvement en septembre sous trois conditions :
- L’appel sera lancé aux fillettes de toutes les écoles.
- Le mouvement sera indépendant des confessions religieuses
- J. Paschoud choisira elle-même ses aides
D’avril à septembre 1915, Jeanne Paschoud fait les démarches nécessaires, pris des renseignements sur le mouvement scout, s’adresse à Bâle, à Zürich ; de Bâle, on lui répond de façon décourageante pensant que « c’était trope sérieux pour les welsches ». La commission scolaire de Lausanne accorda son autorisation au mois de juillet et le recrutement commença dans les classes par les soins d’institutrices connues de J. Paschoud.
La première séance des Lausannoises eut lieu dans une vieille maison de la Grotte. Le but était de réunir des fillettes de toutes conditions ; de développer les qualités féminines de simplicité, de solidarité, de sens pratique, etc. ; de lutter contre l’esprit de clan, d’apprendre à connaître la nature et à l’aimer. Assise par terre, 9 fillettes discutèrent sérieusement sous la direction de trois aînées. Elles décidèrent de s’appeler les « Maïentzettes » (petites mésanges en patois vaudois) montrant ainsi que leur mouvement était indépendant de celui des éclaireurs. Le nom d’éclaireuses choquait à ce moment-là l’opinion publique. On craignait de faire des fillettes des garçons manqués.
Elles se donnèrent une loi en 7 articles, dont le fond sinon la forme rappelle bien notre loi actuelle. Elles composèrent aussi le programme de leur examen d’aspirante ; leur uniforme sera composé d’une longue blouse finement rayée de bleu marine et de blanc. On se réunira une fois par semaine, le samedi après-midi, autant que possible en plein air. On ne prendra pas de recrues avant la fin de l’année.
Le petit groupe travaille, passe ses examens et, en janvier 1916, ouvre ses portes à une vingtaine de nouvelles. On forme trois groupes avec deux aînées à la tête de chacun. On trouve un nouveau local, à l’ancienne poste, au haut de la rue Pépinet. Une tante généreuse offre un mobilier vert. Chaque Maïentzette apportera une tasse sans anse (on ne veut pas demander aux parents des objets encore utiles !) pour avoir de la vaisselle.
Le mouvement est bien lancé, l’on craint moins l’opinion publique et, en mars 1916, le mouvement prend le nom d’éclaireuses.
Pour se distinguer chaque groupe a un ruban d’environ 1 cm. De large autour de la manche gauche, rouge, vert ou jaune et on complète l’uniforme par une cravate bleu foncé. Coût de celui-ci: blouse: 1.55 fr. (étoffe), cravate :20 cts. et ruban de groupe : 5 cts. Chaque éclaireuse qui passe son examen doit signer dans le carnet de l’association. L’aînée lui fait comprendre l’importance et la valeur d’une signature.
Les séances sont suivies avec enthousiasme et consistent en de nombreuses grandes promenades, visites de la Cathédrale, de musées d’une imprimerie, chant, lecture de cartes, morse, etc. On fait aussi des courses d’une journée ; plus tard des courses de trois jours.
En septembre 1916, différentes institutrices parlent des éclaireuses dans les écoles, ce qui amène de nouvelles recrues. Les éclaireuses donnent une première soirée à l’Ecole Normale.
Durant l’hiver 1916-1917, les éclaireuses demande à leurs aînées de les tutoyer.
An printemps 1917, toutes les aînées manquant de courage et d’enthousiasme donnent leur démission. Jeanne Paschoud doit chercher de nouvelles aides, en trouve et réussit à garder quelques anciennes. Elles font aussi du travail social, aidant une famille nécessiteuse, victime de la guerre, apportent du travail à une aveugle de Lutry. On recommande beaucoup la politesse aux petites : donner sa place dans les trains et les tram, porter les paquets, aider les dames âgées, etc.
Le 10 juin 1917 a lieu la première prise de contact avec d’autres groupes d’éclaireuses suisses : Réunion des déléguées des sociétés d’éclaireuses à Vennes sur Lausanne. Sont représentés : Bâle, Berne, Genève, Le Locle, Neuchâtel, Villeneuve, Winterthur et Lausanne.
En 1918, les séances sont suspendues à cause de la grippe espagnole, un décret interdisait : «les réunions de plus d’une personne» !
Les 4 et 5 octobres 1919 trois aînées, Jeanne Paschoud, Yvonne Amann et Thérèse Ernst sont déléguées à berne et assistent à l’Assemblée constitutives de la FES(es). Les années qui suivirent la fondation de la FES(es) demandèrent de gros sacrifices aux «maïentzettes» : celui de leur loi, de leur uniforme, de leur nom.
Tandis que de nombreuses associations se développent dans le canton de Vaud, et parfois disparaissent, l’association de Lausanne grandit toujours davantage. On voit se créer : Montreux et Yverdon en 1920 ; Vallorbre en 1922 ; Vevey et Renens en 1924 ; Château d’Oex en 1925 : Le Sentier et Orbe en 1927 ; Bex en 1929 ; Leysin en 1931.
Dès 1923, l’association (lausannoise) compte trois sections, ce qui nécessite une commissaire locale. Thérèse Ernst exercera la première ces fonctions jusqu’en 1935.
tiré du 1er livre d’or des éclaireuses lausannoises et
de la brochure éditée à l’occasion du 25ème anniversaire de la FESes